• Dans le cadre des élections présidentielles et des prochaines élections législatives, je publie cette lettre

    Solange Soleil

     

    Lettre ouverte à tous les possédants ainsi qu'à tous ceux qui veulent dominer, l'espace d'un instant, en chevauchant de veines gloires et des triomphes éphémères.

    Mesdames, messieurs, seigneurs et maîtres, baronnets de ce royaume, croyez-vous pouvoir acheter et vendre le ciel, la chaleur de la terre, la fraîcheur de l'air, le miroitement de l'eau claire... et l'amour de votre prochain? Croyez-vous posséder chaque lambeau de brume au petit matin, chaque bourdonnement d'insecte, chaque scintillement d'étoile au cœur d'une nuit d'été? Pensez-vous immanquablement que les fleurs, les animaux, les crêtes rocheuses des montagnes, les sucs dans les prés, n'appartiennent pas à une même famille? Allez-vous capter toutes les eaux du monde en ignorant que ce n'est pas seulement de l'eau mais le sang de la terre. N'allez-vous pas considérer le caractère sacré du reflet spectral des océans sur la face lunaire, qui murmurent...à nos sens comme des frères, des pères, des sœurs...?

    Allez-vous toujours vous comporter comme l'étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre, sa mère ce dont il n'a pas vraiment besoin pour l'échanger comme une marchandise, en la dépouillant jusqu'à sa nudité ultime? Pourquoi voulez-vous toujours plus et voyez-vous ce qui vous entoure comme des conquêtes, des trophées à dérober à un ennemi? Cela ne vous tracasse pas que le patrimoine de vos enfants soit une parcelle limitée et finie et que lorsque vous l'aurez pillée, polluée, ils ne pourront aller plus loin... Cela ne vous ennuie pas de constater, au soir de leur vie, qu'ils ne puissent aller vagabonder dans les étoiles en oubliant qu'ils sont les fils et filles du vaisseau terre, que les morts eux aussi oublient à jamais d'où ils viennent... Cela vous échappe-t-il à ce point crucial l'absence de tendresse à témoigner au vivant?

    Avez-vous le cœur aussi froid et sec que vous soyez incapable d'amour à votre propre progéniture, aux petits enfants de vos petits-enfants? Ne remarquez-vous pas que l'air que vous respirez est une puanteur, que l'air que vous partagez est l'esprit de vos aïeux, l'âme de votre descendance? C'est ce vent qui a donné son premier souffle à votre père, c'est lui qui recueillera son dernier soupir... Êtes-vous donc insensible au remugle qui se répand en réponse à chacune de vos acquisitions, au doublement de votre fortune? Avez-vous jamais songé à l'odeur même de l'air lavé par la pluie parfumée d’un nuage pur? L'air est précieux, la vie est précieuse car, toutes choses partagent le même souffle, la même origine... Avez-vous donc oublié à ce point de non-retour ce qui vous fait vivre, quand chaque seconde votre cœur bat et vos poumons expirent? Toutes choses se tiennent, l'homme, l'arbre, la bête, la crête rocheuse... Qu'est-ce que l'homme sans la vie autour de lui? Sans le ciel, les étoiles, les fleurs, les animaux...votre conscience ne peut-elle imaginer un monde vide où tout aura disparu? Ne peut-elle imaginer votre septième génération mourant d'une solitude de l'esprit et du corps? Tout ce qui arrive à votre mère la terre arrivera à vos fils et aux fils de vos fils...arrivera à la trame des liens de la vie car, tout ce que vous faites à la trame, vous le faites à vous-même.

    Continuez à cracher au visage de votre mère en pensant que tout vous appartient désormais, tel un dieu unique. Continuez à cracher sur vous-même et remplissez votre couche de vos souillures... Continuez à faire saigner la terre votre mère... Sachez cependant que toutes choses se tiennent, que le sang de la terre coule dans vos veines, c'est votre famille que vous écorchez vive...Vous n'êtes qu'un fil sur l'écheveau de l'évolution quand vous parlez à votre Dieu. Si vous pensez être dispensé de la destinée commune puisque, après tout nous sommes frères, nous sommes tous frères dans cette embarcation...ce que vous aurez fait au ciel, à la terre mère, aux animaux, aux fleurs, aux arbres...ce que vous aurez fait à votre Dieu...ce que vous aurez fait à toutes choses, à vos petits enfant.. En croyant posséder le monde pour vous seul, en accablant de mépris votre créateur et la création, en nuisant à votre mère saignée à blanc et livide... En dévorant jusqu'à votre propre queue comme un serpent diabolique quand vous n'aurez plus rien à marchander, quand vous suffoquerez dans vos propres détritus... Alors en mourant vous ne brillerez guère, ni avec l'éclat ardent de la pale lueur de votre créateur qui depuis longtemps vous aura abandonné à votre triste sort... à votre dessein si particulier qui l'espace d'un instant vous aura fait croire régner sur l'immensité, les planètes, et toutes les créatures animées et inanimées. Il ne restera plus qu'à vous avaler tout entier afin de conclure en toute logique votre œuvre de destruction.

    Solange à Montreuil le 28 avril 2017 à 22h13


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