• Les décroissants devraient être nécessairement des écologistes et des effondritistes*

    *(néologisme que j’ai inventé)Photo de Creersonbienetre.

     

     

    Réponse libre à un mouvement en Belgique... valable pour les autres.

     

    La détérioration des écosystèmes devrait être le fondement de la réflexion et de l’action des objecteurs de croissance. Malheureusement, non seulement ils sont trop peu nombreux, mais ils s’enferment souvent dans un oubli des considérations écologiques. Ils critiquent même parfois l’écologie comme une imposture tout en se portant parfois candidat à des élections. Le cas de Vincent Cheynet est symptomatique. Rédacteur en chef du mensuel La Décroissance, il a été plusieurs fois candidat aux législatives dans le Rhône ainsi qu’aux municipales de 2008. Dans un livre*, il relate cette dernière campagne électorale. Il se positionne comme anticapitaliste, républicain, démocrate, social, humaniste et objecteur de croissance : pas un mot sur sa fibre écologiste. Vincent affirme que « ce qui est à  la base de toute possibilité, ce n’est pas l’économie, mais l’Homme ». Ce n’est pas faux en soi, l’économie (politique) est une sous-partie des arrangements sociaux. Mais ce sont bien les ressources de la biosphère qui sont le soubassement ultime de la sphère sociale, à commencer par celles qui nous permettent de respirer jusqu’à pouvoir lancer des fusées.

    C’est la principale critique que j’adresse à tous les mouvements qui se revendiquent décroissants...

    Il paraît donc incontournable pour un décroissant de se déclarer avant tout comme écologiste avant d’être un objecteur politique.  Que Vincent Cheynet dénonce dans sa publication mensuelle** les écotartufes relève du jeu normal de la liberté journalistique. Que Vincent puisse écrire dans son livre que les Verts lyonnais sont vendus au socialiste Gérard Collomb, il y a certainement une grande part de vérité. Il est vrai aussi que l’écologie institutionnelle que représente Europe Ecologie Les Verts (EELV) tourne à la grande farce. C’est devenu un « syndicat d’élus » où la lutte pour obtenir et garder un poste devient bien plus importante que le respect de ses convictions écologiques. On peut légitiment penser qu’il en est ainsi dès que des individus s’assemblent au nom d’une cause car ne pouvant dépasser leur nature futile quelle que soit la structure. On ne peut que le regretter encore aujourd’hui dans un contexte d’urgence climatique et biologique.

    Les décroissants ne peuvent pas se situer en marge de l’écologie ni de son effondrement. Qu’ils mettent en place un parti pour la décroissance « écologique » ou qu’ils fassent de l’entrisme à l’intérieur d’EELV ou ailleurs est une bonne  chose. L’apport des objecteurs de croissance dans le mouvement écolo serait un plus considérable. Mais un mouvement politique de décroissants à usage électoraliste, s’il a vertu de témoignage, n’a aucune raison d’être : il n’y a vision de décroissance que parce qu’il y a urgence écologique.

    La pensée de la décroissance n’existerait pas si les politiques de croissance n’avaient pas entraîné le dépassement des limites de la planète. C’est l’écologie scientifique qui nous a révélé l’impact désastreux des activités humaines sur les écosystèmes. C’est l’écologie statistique (le rapport de club de Rome) qui a montré en 1972, grâce à un modèle mathématique, que l’objectif d’une croissance zéro était nécessaire pour se stabiliser au plus près des capacités de la Terre. Que ce soit en terme de population, de pollution ou d’utilisation des ressources naturelles, il nous fallait décélérer. Rien n’a été fait ces quarante dernières années pour ralentir notre course folle. Pire, la croissance est aujourd’hui invoquée pour pallier les méfaits entraînés par cette croissance aveugle. Plus de croissance pour résoudre les problèmes environnementaux ?! Notre empreinte écologique montre que nous utilisons une planète et demi pour satisfaire l’activisme humain, c’est-à-dire que nous puisons dans notre capital naturel, nous agissons ainsi au détriment des générations futures et de la biodiversité. La décroissance est donc devenue inéluctable et peut prendre deux formes, une récession subie ou une rupture maîtrisée. Les croissancistes préparent l’effondrement de notre civilisation, les partisans d’une société de limitation de nos besoins préparent l’avenir. Plus nous attendons, plus le  choc sera brutal, mur capitonné ou pas. Il nous faut précipiter ce choc, c’est notre mission de décroissant désormais. Mais combien en sont capables alors qu’ils se complaisent dans une routine douillette et sécurisante. Avec ce raisonnement je vais en heurter des convictions droites dans leurs bottes. Quoi!!! qu’est-ce que c’est que ce décroissant qui veut tous notre fin catastrophique... et pourtant. Les cubains, encore eux, s’en sont plutôt bien sortis.

    C’est pourquoi je m’en suis expliqué sur le site de l’éco réseau de Montreuil sous bois, dans mes articles, dans mes correspondances. C’est pourquoi j’insiste sur les exemples qui nous crèvent les yeux d’une préparation d’un après effondrement et même j’appuie toutes les actions et toutes les rédactions qui accélèrent le processus d’un emballement du système capitaliste et son corolaire le libéralisme. Cependant, parallèlement je suis une Cassandre rationnelle et consciente qu’il faut absolument engranger tout le savoir et l’expérience ce ceux qui détiennent des solutions de rechange et des roues de secours et les appliquer à petite échelle dans les failles du système dominant. Les décroissants obnubilés par le combat politique n’ont pas conscience qu’il faut le porter à l’agrandissement de toutes ses failles, là où il est le plus vulnérable.

    J’espère que le mouvement Belge prendra en considération mon point de vue et en tirera les conclusions qui s’imposent...J’espère aussi que les mouvements en général et quelques uns en particulier vont se bouger pour aller au delà du mur.

    Michel Piriou

    « Comment les Cubains ont converti leur île à l’agriculture biologiqueVoici la lampe qui fonctionne sans électricité, sans batteries et sans lumière solaire (vidéo) »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :