• Pétrole, la fête est finie!

    Il reste 15 ans de pétrole, estime le responsable de Total Allemagne

    La production pétrolière ne dépassera pas les 105 millions de barils jours, et il ne reste que 15 ans de réserves, estime Michel Mallet, directeur de Total Allemagne. A une condition : maîtriser la demande et économiser, économiser encore. ( http://carfree.free.fr/index.php/2006/12/22/la-consommation-du-dakar-ou-l%E2%80%99economie-du-gaspillage/

    Entretien.

    Michel Mallet s’entretient avec Anselm Waldermann pour Spiegel, 14 avril 2009 (extrait)

    Est-il encore possible d’augmenter la production de pétrole ?

    Mallet : Environ 87 millions de barils par jour sont produits dans le monde entier. Dans le passé, on estimait que ce chiffre pourrait être augmenté à 130 millions de barils. Je considère que c’est une illusion. En réalité, la capacité est inférieure à 105 millions de barils.

    Cela ressemble à la théorie du pic pétrolier, qui n’est pas très populaire auprès de vos concurrents, et qui prévoit que la production maximale sera atteinte prochainement.

    Mallet : Les champs de pétrole anciens sont en train de mourir. Dans l’avenir, nous devrons investir davantage simplement pour maintenir la production actuelle.

    Est-ce que l’ère du pétrole touche à sa fin ?

    Mallet : Non, pas vraiment. Il y a beaucoup de pétrole, géologiquement parlant. La question est de savoir combien peut être produit par an.

    Combien de pétrole reste-t-il sous terre ?

    Mallet : Depuis le début de la production industrielle, l’humanité a utilisé environ 1000 milliards de barils, dont la plus grande partie au cours des 30 dernières années. La même quantité est toujours disponible, à laquelle s’ajoutent d’éventuelles découvertes. Et il y a les réserves non conventionnelles telles que le pétrole lourd, les sables et les schistes bitumineux, même si leur développement est très coûteux. Et tous les aspects n’ont pas été résolus en ce qui concerne les effets sur l’environnement.

    Alors, combien de temps le pétrole va-t-il durer ?

    Mallet : Nous n’aurons pas de problèmes pour les 10 prochaines années. Si nous gérons la demande de façon responsable, cela pourrait même durer 40 ou 50 ans.

    Mais que faire si la demande augmente, particulièrement en Asie ?

    Mallet : C’est pourquoi nous avons un message très clair : nous devons économiser, économiser, économiser.

    Total est la seule compagnie pétrolière qui prévoit que la production stagne. Est-ce que les autres ignorent la vérité ?

    Mallet : Je ne sais pas. Mais je sais que toute personne qui incite les gens à acheter des grosses voitures pour augmenter ses ventes de pétrole commet une grave erreur. Moi-même, je me rends à pied au travail.

    Peut-être êtes-vous en train de dramatiser la question afin de justifier le prix élevé de l’essence.

    Mallet : L’essence n’est pas chère. Elle coûte moins de 32 centimes le litre avant les taxes. C’est moins cher qu’une bonne eau minérale.

    Des millions de conducteurs seraient en désaccord.

    Mallet : En Allemagne, nous avons la plus faible marge de profit de toute l’Europe. La concurrence est extrêmement rude. Pour une différence d’un centime dans le prix, les Allemands sont prêts à aller dans une autre station, même éloignée.

    Certains hommes politiques veulent réduire la taxe pétrolière

    Mallet : L’objectif de la taxe pétrolière est de financer les investissements dans de nouvelles formes d’énergie, et dans la recherche qui permettra d’assurer une mobilité à long terme qui soit respectueuse de l’environnement. C’est une chose que les conducteurs devraient également considérer de façon favorable.

    Total veut un impôt plus élevé sur le pétrole ?

    Mallet : Non, mais l’énergie doit avoir un prix. Nous avons besoin d’incitations pour faire des économies, ainsi que pour développer des alternatives. Par exemple, il n’y a aucune taxe sur le carburant de l’aviation, ce qui est complètement déraisonnable. Il y a trois parties impliquées dans les économies d’énergie : la sphère politique, avec ses lois et ses directives, l’industrie, en rendant disponibles des produits efficaces, et les consommateurs, dont le comportement peut faire beaucoup.

    Les consommateurs peuvent-ils avoir d’autres désirs?

    Les consommateurs devront certainement limiter leurs désirs car, ils seront de plus en plus chers à fabriquer. Ils devront en effet avoir des désirs plus simples... 

     

     

    Publication originale Der spiegel, traduction Contre Info

     

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     Pétrole brut ou pétrole raffiné ?

    Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne j'ai rarement vu des consommateurs finaux mettre du pétrole brut dans leur véhicule ou leur cuve à fioul. La totalité du "pétrole" que nous consommons est en fait composée de produits raffinés, et non de brut. Or, comme l'avait merveilleusement dit M. De la Palisse, le raffinage commence par... le passage dans une raffinerie.

    Une raffinerie, c'est essentiellement une grosse chaudière qui va porter le pétrole à une température élevée pour le distiller, ce qui sépare les familles de molécules, les légères d'un côté, les moyennement lourdes de l'autre, etc. La "lourdeur" d'une molécule fait essentiellement référence au rapport carbone/hydrogène, qui est d'autant plus élevé que la molécule est "lourde". Dans certaines raffineries, on va parfois apporter de l'hydrogène "en rab" au pétrole initial, pour pouvoir sortir plus de molécules lègères (qui servent notamment dans les transports et la pétrochimie) et moins de lourdes (comme du bitume ou fuel lourd, moins prisées et donc qui se vendent moins cher).

    Le graphique ci-dessous donne la répartition typique des produits distillés (ou raffinés) en sortie de raffinerie, qui n'est pas exactement la même selon les zones, car la demande locale varie d'une région à l'autre (par exemple les américains veulent surtout de l'essence, les européens plus de gasoil, etc).

     

    Décomposition par catégorie des produits pétroliers en sortie de raffinerie. Dans cet ensemble :

    Le GPL (gaz de pétrole liquéfié) regroupe la fraction la plus légère des produits obtenus en sortie. Ce carburant a été promu comme "plus écologique" que l'essence (ce qui se discute : il est un peu moins émissif en CO2 par litre mais sa consommation est plus importante que celle de l'essence à distance parcourue équivalente), mais cette promotion est peut-être due au fait que les raffineurs en obtiennent toujours un peu quoi qu'ils fassent (on parle dans ce cas de figure de "produit fatal") et qu'ils n'avaient pas de débouché....

    Le naphta est la fraction qui vient juste après et qui sert de matière première en pétrochimie. Ce produit là n'est donc pas utilisé ni pour les transports ni pour le chauffage, mais va directement aux industriels concernés (qui sont parfois les mêmes que les raffineurs)

    L'essence regroupe à la fois les carburants routiers et l'essence aviation qui sert pour les engins légers,

    Le kérosène est le carburant des avions à réaction, de ligne ou militaires,

    Le gasoil et le fioul domestique sont en fait le même produit à quelques détails près, et servent dans les transports et le chauffage, ainsi que dans les petites unités de production électrique (par exemple à bord des bateaux)

    Le fioul lourd sert aux gros moteurs de bateaux (les porte conteneurs, pétroliers ou minéraliers fonctionnent au fioul lourd), à certains gros moteurs terrestres (comme ceux des chars d'assaut !), et aux chaudières industrielles, y compris celles des centrales électriques qui utilisent des produits pétroliers (qui produisent environ 5% de l'électricité mondiale).

    Enfin "autres produits" regroupe les produits les plus lourds obtenus en sortie de distillation, à savoir :

    les bitumes, qui servent pour les revêtements, notamment routiers,

    les huiles et cires,

    les résidus solides de la distillation, désignés sous le terme de "coke de pétrole", et qui servent de combustibles dans des procédés industriels... dont le raffinage du pétrole ! (ce raffinage est donc fait avec le résidu solide issu du raffinage du pétrole qui est passé juste avant).

    Comme le pétrole qui entre dans la raffinerie comporte une quantité donnée de carbone et d'hydrogène, si le raffineur privilégie l'obtention de molécules légères (donc avec un rapport C/H pas très élevé), et notamment de l'essence (ce qui est le cas des américains), alors il obtiendra en contrepartie plus de produits lourds (avec un rapport C/H élevé), c'est à dire des bitumes, huiles et cire (ce qui est aussi le cas des américains, ouf !). Pour ne pas avoir trop de produits lourds, le raffineur peut apporter de l'hydrogène, qui devra nécessairement venir d'ailleurs que du pétrole entrant (par exemple du gaz).

    Source : Transportation Energy Data Book, Edition 20-2000, Oak Ridge National Laboratory

     

     


     

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